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DavidDubreuil.com

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Les vertues de la prise de risque maximale - II

Les vertues de la prise de risque maximale - II

Saisir un petite bouche par sa petite bouche est, par définition, plus difficile.

Saisir un petite bouche par sa petite bouche est, par définition, plus difficile.

Il y a bien des manières de ne pas réussir, mais la plus sûre est de ne jamais prendre de risques.
Benjamin Franklin

 

Après vous avoir narré l’extraordinaire histoire d'Aaron Martens qui est allé cherché son titre d'AOY avec les dents, voici à présent comment la même année, un jeune prodige est parvenu à se qualifier pour le Classic avec la fougue de sa jeunesse.

 

St Lawrence River – Brandon Palaniuk ou l’obsession du Classic

Voir la manche en entier

Voir un résumé

Brandon Palaniuk est aujourd’hui un compétiteur respecté malgré son jeune age. En 2013, il n’était qu’un rookie, un p’tit jeune très précoce venu se frotter aux grands. Il venait pourtant de remporter son premier titre majeur après avoir réalisé un Classic époustouflant (second).

 

Mais son inexpérience et la fougue de sa jeunesse l’ont fait commettre des erreurs graves. Début 2013, il se fait sèchement disqualifié pour avoir « tourné un poisson » dans l’état du Minnesota. Le Mississippi fait en effet frontière entre le Minnesota et le Wisconsin. Et si le Wisconsin autorise le « culling » (c'est à dire le fait de relâcher un poisson pour l'échanger par un autre), le Minnesota, lui, le prohibe formellement. Par inadvertance, Brandon Palaniuk a échangé un poisson de son vivier, du mauvais côté de la berge ( !).

Le problème, c’est que Brandon venait de remporter la première manche, et qu’il a aussi remporté la seconde. Et c’est au soir de cette seconde manche que le verdict tomba : annulation de tous ses points !

Brandon finit 77ième d’une compétition qu’il aurait dû gagner haut la main. Explications.

« Haut la main » aurait pu devenir le surnom du jeune homme dans les années suivantes, car l’histoire que nous allons vous raconter semble mieux éclairer la personnalité de ce jeune compétiteur.

Sa première victoire sur le Bull Shoal Lake était une victoire « haut la main » : plus de 11 Lbs d’avance, ce qui est incroyable à ce niveau ! Coller presque 6 kg d’avance à son premier poursuivant sur une compétition de l’Elite Tournament Trail est tout simplement un exploit : il s’agit quand même des meilleurs pêcheurs de la planète !

Avant de se faire enlever tous ses points, c’était pourtant ce que Brandon s’apprêtait à réitérer sur le Mississippi.

Les vertues de la prise de risque maximale - II

Après un début de saison moyen et cette contre-performance dans le Wisconsin, Brandon Palaniuk pouvait donc dire adieu au classement qualificatif pour le Classic. Car pour se qualifier, un pro de l’Elite a deux chemins possibles, soit figurer dans les 50 premiers pêcheurs du classement général, soit gagner une épreuve. La première option étant épuisée, Brandon a donc décidé de tout miser sur la seconde : gagner une épreuve, et la suivante c’est la St. Lawrence River.

 

Aux US, il n’y a pas de limites de pêche sur l’eau, de secteurs déterminés. Les pêcheurs vont et viennent où ils veulent. Ils n’ont qu’une obligation, respecter les règles de pêche, de navigation et celles du concours, à savoir la plus fondamentale : rentrer à l’heure pour la pesée.

Sur la rivière St. Lawrence, les bass à petite bouche sont légions. Bien gérés et bénéficiant d’un milieu nourricier exceptionnel, ces poissons prolifèrent littéralement, atteignant des tailles moyennes plus élevées que la moyenne nationale. Les pêcheurs n’ont pas eu de mal à trouver une technique sûre (drop shot) et les poissons (omniprésents). Seul le choix du spot était véritablement déterminant : il devait produire du gros poisson pendant 4 jours.

Comment trouver un spot à gros poissons isolé des autres compétiteurs ? En allant le chercher loin, très loin, trop loin pour les autres compétiteurs, occupés à marquer des points précieux pour le classement général de l’année. Brandon Palaniuk a donc choisi de prendre les risques que les bien classés n’ont pas pu se permettre de prendre.

 

Une manche dure 8 heures, et son spot est à plus de 100 miles (150 km) : Brandon se tape donc chaque jour 300 km, soit entre 4 et 5 heures de navigation selon la houle. Oui, nous comptons bien : il a pêché seulement 3 à 4 heures par jour ! Mais pour quel résultat : plus de 88 Lbs !

Cette fois-ci, il n’a mis qu’un peu moins de 8 Lbs à son poursuivant ; mais c’est normal, quand il s’agit de smallmouth, les écarts sont moins importants.

En choisissant de remonter la rivière jusqu’au lac Ontario, il s’est retrouvé sur des zones à gros poissons, jamais pêchées par les autres compétiteurs. Avec cette stratégie osée, il remporte la première journée et reste en tête tous les jours, augmentant son avance à chaque pesée, se permettant même le luxe de prendre une pénalité au passage. En effet, galvanisé par son ardeur, le jeune prodige rentre un 6ième poisson dans son vivier et… Effectue un lancer, ce qui est pénalisable. Il s’en rend compte et effectue le culling pour libérer le 6ième poisson (quota à 5). Il prévient donc l’organisation par téléphone de son erreur et prend sa pénalité. Oui, aux US, les compétiteurs s’auto dénoncent lorsqu’ils commettent une faute. On se souvient de Skeet Reese, qui une année, a commis la même erreur en présentant 6 poissons à la pesée : il s’est dénoncé et a perdu sa place au Classic ! Mais revenons à notre compétition.

Brandon Palaniuk et les smallies de la victoire

Brandon Palaniuk et les smallies de la victoire

Lorsque le vent a commencé à souffler le 3ième jour, les observateurs ne donnaient pas cher de la peau du jeune téméraire, car les pêcheurs restés dans la rivière ne sont pas gênés par les vagues, contrairement à lui sur le grand lac ; mais malgré la forte houle déstabilisant son Skeeter et projetant hors de l’eau l’hélice de son moteur électrique, Brandon Palaniuk, avec seulement 3 heures de pêche par jour, rentrait chaque soir avec un gros sac. Le vent n’entame jamais une telle détermination.

Moment de gloire

Revanche, audace, détermination sont les 3 moteurs qui ont propulsé ce jeune compétiteur sur son objectif : le Classic 2014. Paradoxalement, c’est en prenant des risques que Brandon Palaniuk a gagné en sagesse, et ses prises de décisions hautement stratégiques sont aujourd’hui unanimement reconnues.
Quelques captures...