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POWER FISHING Partie 1 - Les origines

POWER FISHING Partie 1 - Les origines

« Je suis une machine de pêche. Plus j’effectue de lancés, plus j’ai de chances de gagner. »

Jimmy Houston

Sarasota Journal - 10 juillet 1976

 

« JE SUIS UNE MACHINE ! »

POWER FISHING : La genèse d’un mythe.

Le power fishing est évoqué dans de nombreux articles, vulgarisé à outrance et cuisiné à toutes les sauces. On use et on abuse du terme sans en comprendre les origines et les fondements. Parlons-nous réellement de power fishing à bon escient ? Pour remonter aux sources de la discipline, il faut lire l’article paru dans le Sarasota Journal du 10 juillet 1976,  où le reporter de l’époque Steve Gibson commence son article par un titre provocateur, « Jimmy Houston : Bass Fishing Machine ». L’ère du power fishing venait de débuter, elle allait révolutionner en profondeur le monde de la pêche aux leurres et formater notre perception future de celui-ci…
 

Ray Scott, le fondateur de B.A.S.S. et Jimmy Houston

 

Le power fishing est une manière bien particulière de pratiquer et de concevoir la pêche. Cette méthode s’appuie, comme l’explique Jimmy Houston, sur l’augmentation de la fréquence des lancés et donc sur leur vitesse d’exécution. En remportant le South Carolina Invitational à Santee Cooper en juillet 1976, Jimmy Houston venait de poser les fondations d’une véritable philosophie, d’une pratique tenace, toujours visible et matérialisée aujourd’hui de manière suprême par Kevin VanDam.

 

Interviewé par Steve Gibson, Jimmy Houston explique : « La majorité des pêcheurs de tournoi effectue 1 lancer toutes les 10 secondes. » Tandis que Jimmy, lui, atteint un incroyable ratio de 15 lancés à la minute, soit exactement 1 lancé toutes les 4 secondes !! Une révolution ! Houston continue : « En une journée de tournoi, un compétiteur moyen réalise environ 1000 lancers ; à la fin de la journée, j’en ai fait 500 de plus !  Je suis une machine à pêcher. Plus j’effectue de lancés, plus j’ai de chances de gagner. » Tout était dit…

 

En adoptant une posture atypique sur un bateau, il affichait également une attitude trahissant une méthodologie bien particulière, nettement différente des autres pêcheurs.

 

La power-attitude.
 

Publicité de l'époque

 

Jimmy Houston n’était pas le seul pêcheur de l’époque à pratiquer ce style de pêche, il y avait également Roland Martin. Mais Jimmy Houston a indéniablement influencé la manière de la pratiquer correctement, avec le maximum d’efficacité. Il a théorisé cette pratique et subordonné l’aménagement des bateaux à son style.

Dans les années 70, tous les pêcheurs pratiquaient sur des bass-boats, avec deux sièges (cf. photo), un positionné à l’arrière, l’autre à l’avant, donnant un accès facile et confortable au moteur électrique. L’homme placé à l’avant pêchait assis sur son siège pivotant. Jimmy Houston avait une attitude très particulière pour l’époque, car il était le seul à avoir enlevé son siège avant. Il pêchait donc debout et disposait ainsi de plus de place, pour effectuer des lancés peu académiques, mais terriblement efficaces !

En effet, la position debout lui donnait davantage de hauteur, il pouvait donc lancer par en dessous (underhand cast). Il explique : « Je pense que cela me faisait économiser 2 secondes par lancé. Il est plus rapide de lancer sous la main (par en dessous) que par dessus l’épaule (overhand cast). En enlevant mon siège pour pêcher debout, j’ai sacrifié le confort pour le succès. »

 

L’essence du power fishing.

Jimmy Houston pratiquait une technique rapide et précise, qui demande de la condition physique, de la technique, de l’observation, de l’intelligence, beaucoup d’abnégation et une concentration extrême. Le power fishing n’est en aucun cas une technique. Ce n’est pas non plus une catégorie de leurres. Le power fishing est une approche particulière de la pêche, basée sur l’augmentation de la fréquence des lancés et sur la répétitivité accrue des séquences propices à la touche. C’est d’ailleurs à cette même époque que le concept de pattern a surgi. Car c’est grâce au nombre élevé de lancés qu’il occasionnait, que le power fishing a mis en évidence de façon plus rapide les séquences propices reproductibles. Mais la question des patterns est un sujet bien distinct qui nécessiterait plusieurs articles pour être correctement exposé. Ne nous égarons pas sur ce chemin.

Le power fishing est donc une discipline globale, non seulement applicable sur une journée de pêche, mais également sur une compétition et bien plus largement, sur une saison entière de compétition, quels que soient le lieu et l’époque de l’année. Cette discipline englobe plusieurs techniques de pêches et donc plusieurs leurres.

 

Le terme power fishing et ses dérives.

Les termes « power fishing » n’ont pas plusieurs champs lexicaux, ils n’en ont qu’un. Le power fishing de l'époque était défini par la fréquence des lancés qu’il occasionnait. Surtout, que l’on ne vienne pas parler de power verticale, ou de power lent : c’est un contre-sens.

Jimmy Houston effectuait jusqu’à 1 lancé toutes les 4 secondes : c’est ça le power fishing originel, n’en déplaisent à tous ceux qui se réclament de cette école pour caractériser des pêches qu’ils jugent rapides mais qui ne le sont pas.

Voici un exemple : lorsqu'on lance un deep crankbait à grande distance et qu’on le ramène, il se passe généralement entre 10 et 20 secondes. Ce n’est plus du power fishing originel, celui théorisé par Jimmy Houston ! En revanche, si l’on lance un jig sur une bordure dense, qu’on le laisse descendre dans les bois morts, qu’on l’anime 2 ou 3 fois avec le bout du scion avant de le récupérer pour le remettre aussitôt dans l'obstacle, même 3 cm à côté, alors oui cela pourrait bien être du power fishing si le temps écoulé entre les 2 lancés est court, en tout cas moins de 10 secondes, ce qui était la fréquence moyenne en vigueur à l’époque selon Jimmy Houston.

 

L’efficacité du power fishing aujourd'hui.

Jimmy Houston et la relève, sur le circuit FLW

 

Si l’on peut réaliser de très nombreux lancés en un temps très court, cela ne suppose pas forcément que l’on bat du terrain ! On va simplement privilégier des pêches et rechercher des patterns qui nécessitent une touche dans les premiers moments de la séquence : l’impact du leurre sur l’eau, la récupération soudaine d’un crankbait, la chute d’un jig, les deux premiers écarts latéraux d’un jerkbait, etc.

La recherche de pattern est donc quelques peu simplifiée, en tout cas raccourcie car ce type de discipline implique une réaction rapide et instinctive du poisson sollicité. C’est souvent le cocktail [Impact, animation] qui déclenche l’attaque. Une fois celui-ci réalisé, le leurre est rapidement ramené au pêcheur pour être à nouveau relancé dans un autre poste, à moins que votre leurre ne soit également attractif durant la récupération rapide… Dans ce cas-là, vous tenez un bon leurre pour faire du power fishing. Le lipless crankbait est de ceux-là : attractif à l’impact, attractif à la chute, attractif à l’animation et attractif à la récupération rapide. Mais là encore, attention : pêcher au lipless, n’est pas forcément synonyme de power fishing, car on peut pêcher très lentement avec un lipless ! En fait, le power fishing est une simplification de la pêche, au profit de la rapidité et de la réactivité. En raccourcissant volontairement les phases de récupération, en ne prenant que la partie la plus productive du lancé, c’est à dire la première, et en dégageant du temps de pêche, le power fishing simplifie à l’extrême la recherche du pattern, sans en être un.

Dans les années 70, vous aurez compris que le power fishing impliquait des lancers courts, donc précis. On pouvait réellement disséquer un poste en y multipliant les lancés courts et précis, tout en variant les angles d’attaques. Un arbre tombé à l’eau ou n’importe quel poste très structuré pouvait désormais recevoir un déferlement d’impacts. En multipliant les lancers sur un même poste, tout en déplaçant le bateau, Jimmy Houston faisait varier les angles et les trajectoires du leurre. La probabilité que celui-ci entre dans la strike zone d’un poisson s’élevait alors de façon exponentielle, par rapport à une approche traditionnelle. Une approche classique en texas rig, incite en effet le poisson à repérer le leurre, puis à venir le gober. C’est pour cette raison que l’on ralentie sa présentation, afin de laisser le temps au poisson de repérer le leurre, de se déplacer et de s’en saisir. Mais si celui-ci refuse de bouger, on ne parvient pas à le provoquer, sauf en ralentissant encore et encore. Au final on perd un temps précieux. Mais en power fishing, on faisait désormais l’inverse. En multipliant les lancés et les angles, on augmentait les trajectoires : on ne cherchait pas à déplacer le poisson sur le leurre, on cherchait à lui passer le leurre carrément dessus ! En comprenant cette démarche, on pouvait déjà anticiper son pouvoir supposé sur les poissons inactifs, car on comprenait alors pourquoi le power fishing était parfaitement adapté aux situations difficiles où les poissons refusaient de bouger et de mordre. On les provoquait en déclenchant chez eux des mécanismes innés d’attaque réflexe (reaction bite).

 

Eaux froides, les limites du power fishing ?

Celui qui pose cette question n’a strictement rien compris au power fishing ! C’est bien parce que les eaux froides limitent l’activité et les déplacements des poissons et notamment des bass que le power fishing prend toute son incroyable dimension ! Lorsque l’on interroge Kevin VanDam sur l’efficacité du power fishing en eau froide, il répond inlassablement de la même façon en expliquant que la strike zone d’un poisson en eau froide est plus petite qu’en eau chaude. Il faut donc intensifier son power fishing et le rendre encore plus méthodique, il faut serrer davantage encore ses lancés pour ne laisser aucune bande vierge de tout travail. On appelle cela « to work the water “.

En 2010, lors de sa troisième victoire au Bassmaster Classic à Lay lake, KVD a donné une effroyable réponse aux sceptiques du power fishing en eaux froides. Les trois premiers ont pêché au lipless, mais KVD était réellement le seul à pratiquer exclusivement un power fishing dans une eau à 4°C ! Avec un Red Eye Shad de Strike King, il a pêché une baie en power fishing. Conscient que la zone productive était restreinte, KVD aurait pu choisir de la pêcher lentement. Mais il a préféré faire du power fishing, même sur une petite zone, et ce 3 jours durant. En lançant tous azimuts et en déplaçant son bateau rapidement, il a travaillé l’eau d'une façon qui paraissait désordonnée mais qui était en fait méthodique, en provocant des touches réflexes de poissons inactifs.

2010 Bassmaster Classic à Lay Lake

KVD en 2010, lors de sa troisième victoire au Classic : une eau à 4°C et un lipless au bout de la ligne.

 

Le power fishing, une philosophie, presque une religion.

Le power fishing ne donne de réels résultats que lorsqu’on le pratique qu’exclusivement. C’est en gagnant du temps de pêche qu’on le rend efficace. Choisir l’option du power fishing, c’est renoncer à bien des tentations ! Il est hors de question de s’arrêter sur un poste sous prétexte d’y envoyer un drop shot ou une autre méthode qui vous ralentirait. En cela, on pourrait presque qualifier ceux qui s’y adonnent comme de curieux adeptes exclusifs. Le power fishing est bien loin de notre culture européenne de la pêche, faite de calme et d’attente, où le mérite du pêcheur se mesure souvent dans sa faculté à vouloir tromper obstinément un poisson très méfiant, à essayer d’être plus malin que lui, en somme. De plus, on a du mal à comprendre comment une méthode aussi peu insistante peut provoquer des attaques de poissons non mordeurs. C’est parce que le power fishing a été créé pour le black bass que peu de pêcheurs le pratique avec assiduité. Pourtant, les brochets et les perches y répondent extrêmement bien, peut-être même mieux !
 

Et vous, êtes-vous réellement prêts à passer en mode POWER ?

A suivre...