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DavidDubreuil.com

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Esox aquitanicus - Où en sommes-nous ?

Esox aquitanicus - Où en sommes-nous ?

Deux brochets du lac de Carcans-Hourtin : l'un avec le museau long, l'autre avec le museau court. Mais qui est qui ?
Deux brochets du lac de Carcans-Hourtin : l'un avec le museau long, l'autre avec le museau court. Mais qui est qui ?

Deux brochets du lac de Carcans-Hourtin : l'un avec le museau long, l'autre avec le museau court. Mais qui est qui ?

Ci-dessus, deux brochets issus du lac de Carcans-Hourtin. L'un possède un bec long, l'autre un bec court. Souches différentes ou espèce différentes ? Ou ni l'un ni l'autre ?

 

Esox aquitanicus : rappel des faits

Le 10 septembre 2014, le Muséum d’histoire naturelle annonçait la découverte d’une nouvelle espèce de brochet inféodé au bassin Adour-Garonne et Charente : le brochet aquitain (Esox aquitanicus).

 

La découverte ici

 

Se différenciant très peu de son cousin lucius, le brochet aquitain se reconnaît cependant à son museau plus court, nous renseigne le Muséum. Mais surtout ce dernier alertait les lecteurs sur le fait qu’il fallait d’urgence mettre un terme aux empoissonnements en Aquitaine, craignant que l’espèce ne disparaisse, contaminée génétiquement par Esox lucius, sort auquel une autre espèce aurait succombé avant lui, l’Esox cisalpinus, disparue du lac Léman pour cause de dilution génétique avec le lucius.

Plus de cinq ans après la parution de cet article du Muséum, plus aucune nouvelle. Après m'être renseigné auprès de quelques pisciculteurs, aucun de ceux interrogés n’ont reçu de consignes les concernant ou concernant les brochets présents dans leurs étangs de grossissement. Mieux, j'ai appris que depuis la Fédération de Gironde avait empêché récemment l’AAPPMA de Lacanau d'empoissonner en black bass son lac (dont le bassin versant se situe en zone concernée par la présence d'Esox aquitanicus) pour lui proposer en lieu et place un empoissonnement en Esox lucius ! Jusqu'à preuve du contraire le black bass ne pollue pas génétiquement les souches locales de brochet, alors que le lucius, bref...

Esox aquitanicus - Où en sommes-nous ?
Un brochet de Lacanau
 

Plus de cinq ans après, cette histoire me turlupine encore…

Je ne suis pas biologiste, ni naturaliste et n’ai pas la prétention de le devenir. Mais ces travaux du Muséum ont été réalisés à l'époque en partenariat avec l’Onema d'où ma méfiance. Sitôt la souche aquitanicus identifiée, elle est très vite devenue espèce, un peu trop vite me semble-t-il… Vous jugerez avec moi qu’il y a quelque chose de louche là-dessous, et comme l’Onema fut associé à cette étude, excusez-moi de regarder à deux fois ! En effet, l'Onema possède un lourd passé de magouilles en tous genres, tellement lourd qu’elle a été dissoute par la ministre de l'environnement de l'époque, ses dirigeants exfiltrés (sinon c'était la taule, dixit les mots de la ministre) et fut transformée et rebaptisée en Agence Française pour la Biodiversité en 2017, et ses missions ont été modifiées.

 

Le communiqué de l’époque du Muséum d’histoire naturelle nous met en garde contre les empoissonnements qui pourraient altérer génétiquement les deux populations d’Esox. Le Muséum se soucie donc logiquement de la pureté génétique de ces deux espèces. Et pour étayer son argumentation contre les empoissonnements, le scientifique responsable de l’étude évoque le cas d’une espèce cisalpine éteinte en raison des croisement génétiques (cause évoquée mais non prouvée). Mais de toute façon, cet argument reste litigieux car le Muséum n’a pas pu prouver non plus que les empoissonnements sont la cause de ces croisements non prouvés. Deux espèces étaient donc présentes vraisemblablement dans le lac Léman (où l’on encourage, côté Suisse, la pêche professionnelle au filet du brochet, il est quand même bon de le rappeler), il y en a aujourd’hui plus qu’une : Esox lucius. Et le Museum ne sait toujours pas pourquoi. Alors ce dernier oppose le principe de précaution en réponse à son manque de conclusion définitive : pas d’empoissonnement sur la zone du territoire français concerné. Ça semble logique.

Mais depuis cette publication, plus aucune étude à l’horizon…

 

EGFOCE

Espèce – Genre – Famille – Ordre – Classe – Embranchement

C’est l’ordre que l’on utilise pour classer les espèces. Les scientifiques aiment ajouter des tiroirs à leurs classifications. Par exemple, entre la famille et le genre, ils aiment bien insérer des sous-familles. Ils font de même après l’espèce, ils ajoutent des sous-espèces. Normal : la nature est ainsi faite, débordante dans tous les sens du terme ! Il est donc difficile de la classer et de la ranger dans des tiroirs. C’est pour cela que certains poissons changent de nom scientifique ou de famille : on leur transforme leur sous-famille en famille et c’est comme cela que l’ombre commun (Thymallus thymallus), autrefois un salmonidé (de la sous famille des thymalidés), s’est retrouvé promu au poste de président d’une nouvelle famille, les Thymmalidés (autrefois sous-famille des salmonidés) puis rétrogradé en sous-famille des thymallinae, à son ancien poste donc. Une belle pagaille dans les tiroirs !

Esox aquitanicus - Où en sommes-nous ?

Un brochet du Léman

Tous les scientifiques rêvent de découvrir un jour une nouvelle espèce. Il est aussi de notoriété publique que certains ont trouvé un moyen encore plus rapide et sûr que les autres : ils confondent volontairement sous-espèce (souche) et espèce.

Prenons le cas de deux espèces voisines du même genre mais pas de la même espèce : le chevesne (Leuciscu cephalus) et la vandoise (Leuciscus leuciscus). Ces deux espèces ne sont pas interfécondes, comme toutes les espèces du monde ! Micropterus salmoïdes (le bass à grande bouche) et Micropterus punctulatus (le bass tacheté ou spotted) s’hybrident de temps à autres. Mais jamais leurs descendances n’ont pouvoir de reproduction. Les individus issus du croisement de deux espèces différentes sont incapables de se reproduire : il s’agit là d’une règle qui a, ses exceptions certes, mais qui a bizarrement été passée sous silence par le scientifique responsable de l’étude…

 

Où il y a un flou, il y a un loup.

Alors je m’interroge logiquement : comment deux espèces déclarées distinctes sont capables d’être inter fécondes et d’engendrer des individus viables eux-même capables de se reproduire et donc de diluer génétiquement deux espèces ? Et bien je vais vous le dire : c’est qu’il ne s’agit pas de deux espèces distinctes mais bel et bien de la même. Nous avons simplement affaire à deux souches différentes, comme la macrostigma corse, qui est une souche de truite fario et non une espèce (Salmo trutta macrostigma). Nous sommes donc plusieurs à penser que lucius et aquitanicus n’ont pas été isolés l’un de l’autre assez longtemps pour avoir divergé au point de s’être séparés complètement en tant qu’espèces distinctes. Le processus naturel a beau être en marche, il est loin, très loin d’être achevé. Si les scientifiques responsables de l'étude avaient voulu être sincères, ils auraient nommé le brochet aquitain, l' Esox lucius aquitanicus. Au lieu de ça, ils ont choisi l'insincérité.
En conclusion, il apparaît clairement que cette "étude" ne fut qu'une gesticulation car cinq ans plus tard, rien n'a été fait pour protéger cette "espèce". Et en annonçant à la hâte cette découverte, le Muséum d’histoire naturelle a même commis une "gesticulation précoce" car il ne s'agit pas de deux espèces distinctes mais bien de deux sous-espèces (souches). Alors si ces deux "espèces" de brochet n’en sont en réalité qu’une, et que l’étude a été réalisée uniquement pour toucher des subventions publiques, je demanderai solennellement aux scientifiques du Muséum d'arrêter d’utiliser dorénavant l’argent public pour leur petite jouissance personnelle !

Esox aquitanicus - Où en sommes-nous ?

Un brochet espagnol

 

Cinq ans plus tard, toujours aucune loi, toujours aucune mesure concrète n'a été mise en place pour sauvegarder cette souche particulière. Seules les FD ont pris les choses en main et ont réalisé des études. Preuve que nous avons bien affaire à deux souches d'une même espèce, les suivis réalisés par les FD montrent qu'il n'y a quasiment plus de souche aquitanicus pure sur les plus grands lacs (Carcans-Hourtin,  Lacanau, Cazaux-Sanguinet et Biscarrose -Parentis). Ne restent plus que des lucius et des lucius/aquitanicus. Les deux souches se sont donc bien diluées.

Aucune mesure de protection supplémentaire n'est prévue pour le moment sur les zones où l'aquitanicus est encore présent. Aucune restriction de prélèvement n'a été mise en place sur ces mêmes zones. Aucun programme d'élevage et de repeuplement en aquitanicus de souche non altérée n'est prévu pour renverser cette tendance.
Let's wait and see...

 

Plus d'info sur aquitanicus

 

Le cas Chicamauga

Prenons le cas similaire du bass à grande bouche (une des espèces les plus étudiées au monde). Il en existe plusieurs souches dont la plus connue est la souche de floride (Micropterus salmoïdes floridanus). Les scientifiques américains ont eu la sagesse de classer le florida en sous-espèce (souche de floride) car justement interféconde avec le northern strain (la souche nordique de Micropterus salmoïdes). Les scientifiques américains réalisent d’ailleurs volontairement des reproductions artificielles entre ces deux souches pour produire (et relâcher) des individus viables, à même de se reproduire et possédant un mélange de deux caractères (vitesse de croissance et agressivité). Des programmes ambitieux ont vu le jour, notamment au lac Chicamauga où ces nouveaux bass à grande bouche grossissent très vite (comme le florida) et possèdent le caractère agressif du northern strain, pour le plus grand plaisir des pêcheurs, vous vous en doutez !

Esox aquitanicus - Où en sommes-nous ?

Micropterus salmoïdes floridanus